Vortragsabend: "Les Jeux de Mots - Mit Worten spielen"

21.11.2012

In Zusammenarbeit mit dem Institut culturel franco-allemand, Tübingen, und der GRK-Initiative  "Ambiguität" wurde der Vortragsabend "Les Jeux de Mots - Mit Worten spielen" mit Vorträgen von Prof. Dr. Hans-Martin Gauger  und Alfred Gilder, Moderation: Esme Winter-Froemel und Angelika Zirker organisiert (in französischer Sprache).

 

Veranstaltungsbericht

Le mercredi 21 novembre 2012 s’est déroulée à l’Institut Culturel Franco-Allemand de Tübingen la Soirée jeux de mots. Cette soirée était organisée en étroite collaboration avec les enseignantes post-doc de l’université Karl Eberhard de Tübingen, Mme Esme Winter-Froemel et Mme Angelika Zirker. Cette conférence était notamment marquée par la présence de deux invités de renom dans le domaine des jeux des mots. Il s’agissait en effet du professeur Hans-Martin Gauger et de M. Alfred Gilder, ancien élève de l’École Nationale d’Administration et auteur d’ouvrages sur la langue française. La soirée s’est déroulée en trois grandes étapes.  Les deux modératrices de la soirée nous ont tout d’abord présenté leur projet de recherche et nous ont introduit le thème des jeux de mots. Nous avons ensuite pu assister à l’intervention du professeur Hans-Martin Gauger suivie de la présentation, riche en exemples, de M. Alfred Gilder.

Après les remerciements du directeur de l’Institut Culturel Franco-Allemand de Tübingen, c’est Mme Winter-Froemel, enseignante en linguistique des langues romanes, qui a pris la parole afin de présenter les deux intervenants invités lors de cette soirée. Elle a ensuite présenté quelques résultats de ses recherches menées depuis trois ans avec Mme Zirker. Suite à leur première collaboration ayant eu pour objectif une publication sur l’ambigüité, les deux  enseignantes ont été frappées par le fait que cette ambigüité se manifeste souvent sous la forme de jeux de mots. Elles ont de plus constaté que les jeux de mots sont présents dans toutes les situations de la vie, même les plus quotidiennes et les plus banales. C’est en partant de ces quelques observations qu’elles ont décidé de s’investir dans un projet scientifique centré sur les jeux de mots. C’est ensuite Mme Zirker, enseignante en littérature anglaise, qui s’est exprimée et qui nous a donné quelques exemples détaillés de jeux de mots dans la littérature. L’objectif de l’intervention des deux modératrices était de nous apporter une première introduction au thème de la soirée, mais également de nous montrer les trois axes de recherche sur lesquels elles se concentrent tout particulièrement. Ces trois axes peuvent être résumés ainsi :

- l’ambiguïté comme base des jeux de mots,

- le socle de connaissances commun des interlocuteurs permettant de comprendre le contexte des jeux de mots,

- la réflexion métalinguistique.

Ces trois domaines jouent effectivement un rôle primordial dans l’interaction locuteur-auditeur et peuvent être étudiés du point de vue linguistique comme du point de vue littéraire.

 

La parole a dans un second temps été passée à M. Hans-Martin Gauger, professeur émérite de linguistique des langues romanes à l’université de Fribourg en Suisse.

Selon le professeur Gauger se pose tout d’abord un problème de terminologie, à savoir celui de la traduction en français du terme allemand "Sprachwitze". En effet, le mot « Witz » englobe en allemand tout énoncé drôle qui a pour but de faire rire ou au moins de faire sourire. Un « Witz » peut donc être d’un niveau intellectuel et moral très élevé comme très bas. Se pose donc la question de savoir quel équivalent français nous pourrions trouver au terme "Sprachwitze". Certains ont pu par exemple proposer l’expression "mots d’esprit". Toutefois, le professeur Gauger rappelle qu’un "mot d’esprit" se caractérise par son ironie subtile ce qui n’est pas forcément le cas des "Sprachwitze". Il nous propose par conséquent l’expression "astuces linguistiques" en considérant le terme "astuce" comme l'équivalent du terme "plaisanterie" et en soulignant que ces "astuces" se réalisent dans la langue.

Dans la suite de son intervention, le professeur Gauger a insisté sur la spécificité de la langue française qui se prête particulièrement bien aux "astuces linguistiques".  Force est de constater que le français se caractérise par la fréquence importante de l'homonymie. On trouve effectivement dans la langue française nombre de sons identiques et de mots prononcés de la même manière mais avec des significations bien différentes.  Cette fréquence de l’homonymie et de l’homophonie en français permet de développer l’"astuce linguistique" particulière qu’est le calembour. Ce jeu de mots bénéficie d’un certain prestige dans la langue française.  Son équivalent allemand, le "Kalauer", est au contraire considéré comme un jeu de mots facile et peu recherché. Cela n’empêche cependant pas l’auditeur de rire de l’astuce, même si celle-ci est d’un niveau peu élevé. Nous pouvons en effet aisément remarquer que la spiritualité de l’astuce et le rire provoqué ne s’accordent pas forcément. Ce n’est donc pas parce qu’une astuce est spirituelle et intellectuelle qu’elle fera d'autant plus rire l’auditeur. Le constat inverse peut même facilement être dressé. Ce sont effectivement les astuces les moins fines qui, en général, font le plus rire.

Cette réflexion sur le rire a amené le professeur Gauger à faire une remarque sur la distinction entre le rire et le sourire. En français comme en allemand, le sourire et considéré comme un diminutif du rire ("rire"/"sourire"," Lachen"/"Lächeln"). Cette distinction est pour M. Hans-Martin Gauger tout à fait critiquable puisqu'il estime que le sourire est bien plus fondamental que le rire et qu’il est également bien plus ancré dans l’humanité. Nous observons le phénomène inverse en anglais puisque rire et sourire sont deux mots bien distincts exprimant deux phénomènes différents ("laughter"/"smile").

Après quelques brèves remarques au sujet de l’importance de la synchronie et de la conscience linguistique des sujets parlants dans les "astuces linguistiques", le professeur Gauger a conclu son intervention en soulignant la nécessité de traiter les "astuces linguistiques" comme des phénomènes typiquement humains. La langue étant en effet le phénomène humain par excellence, il a mis en garde l’auditoire contre la tendance à déléguer aux ordinateurs des fonctions linguistiques exclusivement humaines.

 

La troisième partie de la soirée a été animée par M. André Gilder. Lors de son intervention, il  ne s'est pas penché sur l'aspect scientifique de l'étude des jeux de mots, mais il s'est plutôt employé à donner à l'auditoire un aperçu relativement détaillé des jeux de mots les plus courants.  Depuis des années, M. Gilder s'intéresse en effet de très près aux jeux de mots et a développé une classification d'environ 150 jeux de mots différents. Ces jeux de mots sont classés en trois catégories distinctes, à savoir les jeux de lettres, les jeux de sonorités et les jeux de sens.

C'est donc avec la catégorie des jeux de lettres que M. Gilder a commencé son intervention. Voici les exemples qui ont été mentionnés par l'intervenant :

- L'acrostiche fondé sur une forme poétique qui consiste à composer un mot ou une expression  en lisant uniquement le premier mot ou la première lettre d'une suite de vers.

- Les mots croisés qui ont pour but de retrouver un mot à partir d'une définition donnée. Ce jeu de mots est connu dans le monde entier et est réalisable dans la plupart des langues.

- Les mots-valises sont des néologismes formés par la fusion de deux mots (ex. "les cordoléances" sont des condoléances cordiales).

- Le pangramme consiste à utiliser toutes les lettres de l'alphabet dans un texte le plus court possible. Le pangramme le plus célèbre est ainsi attribué à Georges Perec qui n'utilise qu'une seule fois chaque consonne de l'alphabet : "Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume".

- Le palindrome est un texte lisible dans les deux sens. L'ordre des lettres reste en effet le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche (ex. "Elu par cette crapule").

- L'anagramme consiste à changer l'ordre des lettres d'un mot afin de former un autre mot (ex. fruchtbar/furchtbar, spectre/sceptre/respect).

 

La deuxième catégorie pensée par M. Gilder concerne ce qu'il nomme les jeux de sonorités. Cette catégorie a elle aussi été présentée en ayant recours à de nombreux exemples :

- Les mots difficiles à prononcer comme par exemple "prestidigitateur" jouent sur la sonorité. Ce jeu se retrouve également dans des mots enfantins ou dans des onomatopées tels que "saperlipopette" ou encore "pouet pouet".

- Les jeux de sonorités peuvent aussi jouer sur l'homophonie d'expressions ayant une prononciation quasiment identique mais des significations très différentes (ex. "un vieil armateur"/"un vieillard mateur").

- L'holorime se caractérise par l'homophonie complète de deux phrases ou vers (ex. "Étonnamment monotone et lasse"/"Est ton âme en mon automne, hélas !" Louise de Vilmorin).

- La contrepèterie qui permet grâce à la permutation de syllabes de former une nouvelle phrase ou expression (ex. "Il faut fortifier la justice et non justifier la force" Pascal).

- Les fables express qui se sont fortement développées au XXe siècle. Elles se composent de seulement deux vers et sont conclues par une morale

 (ex. "À cause de sa santé précaire,

Claire ne pourrait être fermière.

Moralité : la ferme tuerait Claire" (la fermeture éclair)).

 

Enfin, la troisième catégorie présentée par M. Gilder traitait des jeux de sens. Les principaux jeux de sens recensés étaient par exemple les charades, les rébus, les devinettes et les énigmes.

 

Pour conclure cette Soirée jeux de mots, les deux intervenants ont essayé d'apporter une réponse aux modératrices de la conférence qui ont posé la question de savoir en quoi réside la qualité d'un jeu de mots. Selon Alfred Gilder, il est tout d'abord important que le plus grand nombre d'auditeurs présents soient en mesure de comprendre le jeu de mots. C'est la raison pour laquelle le jeu de mots ne doit pas forcément être d'un niveau intellectuel élevé.  L'effet de surprise semble également être un élément essentiel du jeu de mots. C'est effectivement souvent la surprise qui crée l'humour. En ce qui concerne le professeur Gauger, il lui paraît évident que le succès d'un jeu de mots dépend de la situation. Il faut bien entendu que les gens aient envie de rire et soient réceptifs au genre d'humour proposé. Suite à cette dernière prise de parole, M. Gilder a conclu la soirée avec une ultime touche d'humour : "le rire est le propre de l'homme, mais ce n'est pas vrai pour tous !"

Nathan Houstin